1 - UNE REFORME
J'avoue que je suis assez partagé... Certes, on attend beaucoup plus pour l'école, certes, il y a masses de choses à faire évoluer et les rythmes ne sont pas la seule mesure à prendre. Mais il me semble que c'est mieux que pire et qu'il vaut mieux essayer de se réjouir que ça aille dans le bon sens plutôt que d'attendre que tout vienne du même coup. 

Je ne crois pas que Vincent Peillon ait une quelconque chance de changer les relations descendantes et infantilisantes entre la hiérarchie intermédiaire et les enseignants ni qu'il ait une quelconque chance d'influer sur la considération et sur la valorisation de ce métier.
Jeudi 13 décembre 2012, sur france inter il montrait à quel point il est déconnecté des réalités quotidiennes des enseignants:
http://www.franceinter.fr/emission-le-79-numerique-recrutements-et-salaires-des-profs-vincent-peillon-est-l-invite-de-patrick-
Selon lui, ce sondage à la noix qui stipule que tout le monde adore les enseignants et que tout le monde serait content que son enfant s'oriente vers ce métier, c’est parole d'évangile.
La réalité, c'est qu'il y a une crise de la vocation, et cette crise de la vocation vient très probablement d'un déficit d'attractivité du métier : conditions de travail dégradées (infantilisation de la hiérarchie intermédiaire, obligations administratives chronophages, absence de reconnaissance du travail accompli...), mauvaise
image dans l’opinion publique (quoi qu'en disent les sondages, pour la majorité des gens que je connais, les profs ce sont des planqués qui ont des vacances à chaque fois qu'ils sortent des précédentes), salaires incroyablement bas comparés à des salaires de parcours étudiants équivalents (et aux salaires des autres puissances européennes, en Allemagne, le salaire d'un instit en début de carrière équivaut au salaire d'un instit français en fin de carrière...).
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/12/09/01016-20121209ARTFIG00183-comment-donner-envie-d-etre-professeur.php
Comme l’explique très bien Pierre Frackowiack ici :
Désintoxiquer pour refonder
LES SALAIRES DES ENSEIGNANTS :
Vincent Peillon avait pourtant laissé une porte ouverte à une concertation sur la revalorisation des salaires des enseignants pour début 2013 mais, dans l'oeuf, elle est déjà repoussée de 2 ans.
http://eacea.ec.europa.eu/education/eurydice/documents/facts_and_figures/salaries.pdf
Expliqué ici http://eduveille.hypotheses.org/3815 et là :
http://lexpansion.lexpress.fr/economie/en-france-les-profs-sont-moins-payes-que-les-autres_262327.html
Ce que ces rapports oublient de dire c’est que si la fourchette haute de salaire en fin de carrière est de 44000€, elle concerne moins de 2% (pourcentage nettement inférieur à son équivalent dans le secondaire) des enseignants puisqu’il s’agit des professeurs hors classe.
RYTHMES SCOLAIRES ET GREVE
Pour ce qui est de la formation et des rythmes, la tâche est ardue mais peut-être serait-il préférable de rester constructif et positif!
Je serais donc plutôt pour encourager cette mini-réforme qui va selon moi plutôt dans le bon sens.
Ici Philippe Meirieu décrit ce qu’aurait pu être une refondation plus profonde en son sens.
http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2012/09/10092012Article63...
Et là :
http://www.meirieu.com/nouveautesblocnotes_dernier.htm
J'ai assisté ce matin à une concertation syndicale dans laquelle j'ai surtout entendu des gens qui souhaitaient exprimer une souffrance.
«Je finis avec 50€ à la fin du mois disait l'une, je ne peux pas faire grève, c'est 75€ de moins sur ma fiche de paie et pour quel résultat?»
Il est assez vrai que ces organismes syndicaux, s'ils ont constitué une réelle révolution pour les salariés lors de leur création, font aujourd'hui figure de vestiges archaïques poussiéreux et malades. Les pauvres manifestations organisées et regroupant péniblement une centaine de personnes dans de grandes villes comme Nice n'ont pour effet que de décourager encore plus les militants qui se convaincquent de plus en plus de l'inutilité d'une grève.
Dans cet excellent article, Lucien Marboeuf résume très bien la situation...
http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2013/01/12/rythmes-scolaires-pourquoi-vincent-peillon-ne-parvient-a-rassembler.html
Il rappelle que Peillon bénéficiait au départ d'une telle côte de popularité auprès du corps enseignant qu'il semblait indestructible... Seulement voilà, quelques mois après sa prise de fonction rue de Grenelle, à coup de fausse concertation et de décisions hâtives, il a réussi à tout gaspiller.
http://www.tns-sofres.com/popularites/cote/redirect.php?nom2=Vincent+Peillon&perso=peillon&id_doumic=23557&fonction=Ministre+de+l%27%C9ducation+nationale&start=1&end=8&forme=graph&submit=Afficher+ma+s%E9lection
Sa réforme, après avoir été retoquée par le Conseil Constitutionnel, vient d'être historiquement repoussée par le CSE (Conseil Supérieur de l'Education) et par le CTM (Conseil Technique Ministériel) coup sur coup.
Lucien Marboeuf encore là
http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2013/02/09/discussion-animee-dune-salle-des-maitres-divisee-sur-le-bienfonde-dune-nouvelle-greve-et-plus-generalement-sur-la-politique-de-vincent-peillon.html#comment-4803
Je rêverais d’avoir ce genre d’échange au sein de mon école...
Quand à la grogne des enseignants, j’ai un triste sentiment, j’ai l’impression que les enseignants du primaire font grève pour de mauvaises raisons. Oui il y a du vrai dans ce qui est dit mais j’entends surtout des personnes à bout de souffle qui luttent pour préserver un constituant de leur équilibre primaire. La juste rémunération, le sentiment de sécurité et de valorisation manquent à l’appel dans l’analyse de Maslow pour espérer un bien-être et un investissement des professeurs des écoles.
LA FORMATION
Proposition de formation initiale refondée par le GRFDE.
http://grfde.eklablog.com/les-textes-du-grfde-c18603606
Ils proposent en gros que le concours ait lieu en fin de licence. Cela limiterait le nombre de masterisés qui devraient se réorienter et cela permettrait de rémunérer les titulaires du concours pendant les deux ans de formation en alternance.
Le ministère ne semble pas avoir tenu compte de cette proposition qui, eu égard au rapport de la cour des comptes semble moins coûteuse et plus pertinente que les autres options envisagées.
http://www.cahiers-pedagogiques.com/spip.php?article8235
UNE FORMATION ET UNE REMUNERATION... UN METIER EN SOMME
On n'attrape pas des mouches avec du vinaigre...
Valoriser la profession par tous les moyens... Des profs mieux payés et mieux considérés auraient beaucoup plus de facilités à venir travailler le mercredi... Surtout s’ils avaient participé à cette décision... Si cette réforme des rythmes avait réellement pris en compte les rythmes des enfants et si elle n’avait pas été influencée par des logiques comptables.
Je sais que je vis un peu au pays des bisounours et que (heureusement) toute mesure doit être pensée en terme comptable. Mais lorsqu’il s’agit de l’école, du laboratoire de demain, lorsqu’il s’agit d’un enjeux aussi important... J’ai tendance à penser qu’il faut avoir le courage de faire des arbitrages, des paris sur l’avenir.
Le salaire doit donc selon moi être reconsidéré sérieusement. Les conditions de travail aussi, des moyens matériels et des allègements de contraintes administratives doivent être pensés.
Les programmes doivent être repensés assez largement. Et cela, tout le monde s’accorde à le dire.
CONSIDERATION
Des petits rien font un tout.
Dans beaucoup de professions, à chaque coin de rue, si l'on a fait son travail consciencieusement, on a des moyens de s'en réjouir, de s'en voir félicité... Ici non... Loin de là... D'ailleurs on n'espère plus rien de ce côté.
Même pas possible d'envisager de faire un pot pour terminer une réunion pédagogique volontaire.
Les conseils d'école, de maître et autres concertations pédagogiques ont tourné le dos aux discussions constructives pour laisser la place à un bruit sourd et lancinant, un fatras innommable d'une tristesse rare et ennuyeuse. Les relations avec la hiérarchie se limitent à un échange caporaliste entre dresseurs pour chiens et chiens (intelligents) plus ou moins obtempérants (qui cachent plus ou moins leur désaccord).
Ce n'est sans doute pas un hasard que l'IEF (instruction en famille) se développe autant... Et sans vouloir faire de mauvaise référence historique, lorsque l'école est malade, c'est souvent un présage désastreux.
Plus personne n'a confiance en l'école et c'est finalement bien normal. L'enseignant était un repère pour la société il y a quelques dizaines d'années, il est aujourd'hui un rebut. Les parents d'élèves, souvent beaucoup plus érudits que lui, le traitent comme tel, du moins dans les quartiers relativement favorisés. Normal, finalement, ils gagnent trois fois plus que lui... C'est souvent un outil de mesure utilisé.
L'enseignant aujourd'hui ne vit pas dans son époque, il n'a pas les mêmes loisirs que ses congénères, il ne peut pas sortir, manger, partir en vacances, acheter, vivre de la même manière. Je ne l'avais pas vraiment imaginé avant de devenir instit mais c'est une réalité. Les enseignants font partie des catégories socio-professionnelles paupérisées. Leur pouvoir d'achat a encore baissé considérablement ces quinze dernières années. Et outre le fait que ces enseignants sont pauvres, ils ne peuvent pas non plus s'enrichir (culturellement) autant que les autres tout au long de leur vie.
Autre chose, le master enseignement est un cursus au rabais, je n'ai pas peur de le dire, ce métier est tellement peu attirant que le niveau du concours n'est pas élevé, malgré un nombre important de postulants (égarés?).
Que diriez vous d'un master que vous pourriez avoir avec mention en travaillant deux semaines?
Je n'imagine pas qu'un étudiant titulaire d'un diplôme de master puisse en obtenir un autre aussi facilement, un diplômé de philo par exemple pourrait toujours se présenter aux épreuves d'un master de maths ou d'anglais, il n'aurait pas sa chance, pire encore, il se prendrait une raclée...
J'entends par là, qu'un enseignant part, dans sa vie professionnelle avec moins de richesses notionnelles qu'un autre diplômé de master.
La relative légèreté des programmes accompagnent un parcours qui n'incite pas à l'approfondissement et à l'accroissement de ses limites de compréhension. En effet, dans tout autre master (je pense) on creuse, tellement, pour comprendre des choses très difficiles, qu'on en sort grandi.
Je sais que je noircis un peu le traît et que l’autre extrême existe aussi, celui des master super élitistes desquels les étudiants sortent soit comme de la cuisse de Jupiter, soit anéantis. Cela dit, si la plupart des notions appréhendées lors d’un master sont oubliées quelques mois plus tard, ce qu’il reste c’est la démarche accomplie et la capacité à la reproduire.
On en sort avec un double apprentissage, le notionnel et le secondaire, la capacité à apprendre, à disséquer, à triturer les savoirs pour se les approprier. Rien de tout ça dans le master d'éducation selon moi.
Faire passer les activités sportives et culturelles sur le temps périscolaire peut faire penser à une régionalisation de l'école et à une mutation du statut d'enseignant vers un enseignant bicéphale, français/maths, les autres matières pouvant être assurées par des personnels moins qualifiés.
Quand à la grogne des enseignants, j’ai un triste sentiment, j’ai l’impression que les enseignants du primaire font grève pour de mauvaises raisons. Oui il y a du vrai dans ce qui est dit mais j’entends surtout des personnes à bout de souffle qui luttent pour préserver un constituant de leur équilibre primaire. Si l’on fait référence à la pyramide des besoins de Maslow, il semble évident que les deux premiers niveaux préalables à toute forme de réussite, d’émancipation et d’envie de s’investir, ne sont pas assurés pour le cas des professeurs des écoles.
(Voir annexes). On y trouve notamment, «avoir une juste rémunération» et «travailler dans un environnement acceptable» au niveau physiologique et «se sentir informé», «se sentir soutenu lorsque nécessaire» dans le versant 2 : sécurité. Selon Maslow, on est donc loin de prétendre à des besoins d’appartenance et d’implication, encore plus loin, d’envisager un quelconque accomplissement.
Exprimer sa compétence,
varier, innover dans sa tâche,
recevoir une délégation de pouvoir,
être apprécié et se l’entendre dire,
participer à la définition de ses objectifs personnels.
Or, avant d’arriver ici, et sans doute comme tout un chacun, l’instituteur, dans mon imaginaire, riche des «avoirs» des deux premiers étages et des «êtres» des deux suivants, se nourrissait plutôt dans l’étage 5 de ladite pyramide :
Se former, continuer son propre développement
Etre consulté et écouté, donner son avis sur son travail,
traiter en commun des désaccords, décider ensemble...
http://networkedblogs.com/I5dsb
Comme le dit très justement Claire Leconte :
« avoir en classe un enseignant « bien dans sa vie » va largement dans l’intérêt de l’enfant. (...) Ils retrouvent du sens à leur métier et leur qualité de vie s’améliore.»
Je pense qu’un enseignant, libéré de ses frustrations et des blocages économiques, retrouverait la soif de la recherche libre de bonnes pratiques. Ce qui favoriserait, tout le monde s’accorde à le dire, l’amélioration des pratiques par la reflexion commune et le partage.
Comme l’explique très bien Pierre Frackowiack ici :
Désintoxiquer pour refonder
Je perçois une évolution de l’école dont j’appellerais les défenseurs les écolutionnistes et parmi lesquels je citerais volontiers Michel Serres et Medhi Benchoufi.
http://www.franceculture.fr/emission-repliques-l-ecole-dans-le-monde-qui-vient-2012-12-08
http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/05/eduquer-au-xxie-siecle_1488298_3232.html
http://www.liberation.fr/evenements-libe/2013/01/29/l-ecole-c-est-fini_877624
EN ALLANT UN PEU PLUS LOIN
Il semble que l’école est malade et qu’il ne suffirait pas d’en panser les plaies, Sir Ken Robinon expose ici une analyse qui me parait très pertinente sur la nécessité criante de faire évoluer les paradigmes.
http://www.ted.com/talks/ken_robinson_changing_education_paradigms.html
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DECENTRALISATION ET EGALITE DES CHANCES
J’aimerais comprendre les enjeux d’une décentralisation, d’une attribution de prérogatives aux collectivités territoriales sur un secteur dont l’égalité de droit est un enjeu national, j’entends comme bien souvent, les deux sons de cloche et je ne sais pas décider s’il faut avancer vers une décentralisation et que ceux qui disent le contraire sont des conservateurs, ou s’il ne faut surtout pas toucher à la situation actuelle sous peine de risquer d’ébranler le spectre de l’égalité des chances que tout le monde vise.
http://www.pacte-educatif.org/PACTE-POUR-UNE-SOCIETE-EDUCATRICE-DECENTRALISEE_a109.html